// XENIA rss

XENIA - Article de Giulio-Enrico Pisani

by Bettina Richarme | June 17, 2015

view the artworks of XENIA >

Exposition TIME STREAM

Trois femmes dans le flux du temps...   

      Ou bien dans le fleuve, ou dans le courant du temps! «Time stream», c’est en effet le titre tout à la fois éloquent et mystérieux dont Madame Gila Paris, la directrice de la Cultureinside.gallery (1) intitule aujourd’hui la rencontre d’œuvres marquantes de trois femmes plus que talentueuses derrière les vitrines de son espace d’exposition, rue Notre-Dame, à Luxembourg centre. «Klein aber fein» dit-on en allemand dans ce cas, qui signifie «petit, mais fin, subtil, agréable». J’aimerais cependant encore qualifier, sans exagération aucune, cette exposition de plaisante, d’enrichissante, voire d’exceptionnelle, car la contraposition internationale, générationnelle et qualitative des sculptures et des tableaux qui nous sont présentés intrigue et enchante du même coup. Ni le passant occasionnel ou curieux, ni l’amateur profane ou éclairé d’art contemporain, ne sauraient rester indifférents. L’indifférence serait, pour commencer, déjà difficile face aux créations de cette grande dame de la sculpture, qu’est Ksenija Ljubibratic, couramment appelée XENIA.

      Doyenne de nos trois artistes, née en Serbie en 1928, Xenia obtient, après un bac classique, son diplôme de fin d’études à l’Académie des Beaux-Arts de Belgrade. De 1956 à 58, elle se perfectionne dans l’Atelier de Sreten Stojanovic, élève de Bourdelle et l’un des principaux professeurs de l’Académie, puis fréquente de 1959 à 67 l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts à Paris (Ateliers Yencesse, Zatkin, Couturier). En 1967 et 1968 elle participe aux symposiums et ateliers de sculpture en marbre à Arandjelovac (Yougoslavie), ainsi qu’en 1968 au symposium de sculpture sur marbre à Prilep (Macédonie). Mais c’est au travers de ses bronzes qu’elle nous permet à présent de découvrir son art. Impressionnante. Je pense surtout à deux statues de jeune femme au corps élancé et animé d’une même grâce, mais tellement différentes par le fini, la teinte et, justement, par le type de grâce physique qu’elles représentent.
      «La Danseuse» en bronze cuivré partiellement patiné vert-de-gris, les chairs sensuelles finement polies et son joli visage projeté vers l’exploit à accomplir, semble prête à prendre son envol d’une piste de danse avec une légèreté que Bourdelle lui-même n’atteignit à ma connaissance que dans ses dessins. Plus proche de Yencesse, mais dépassant le maître par la délicatesse, Xenia imprime à la jeune femme de sa sculpture un élan, un début de mouvement et l’attente d’un bond, le tout bien plus fort que ne le serait la représentation même de ce mouvement.
      Quant à la ravissante sculpture «Lilie de Somalie» à l’apparence d’ailleurs moins féminine que ne l’annonce son intitulé, elle est travaillée en contraste avec la finesse de formes d’un corps et de la joliesse du visage, de manière brute, rêche et rugueuse. On songe même un peu à la souffrance, mais aussi à une noblesse naturelle faite de sérénité et de fatalisme, sinon de résignation ? On en vient presque à penser à un Giacometti qui aurait tourné le dos à ses personnages torturés, pour un monde, celui de Xenia, où la douleur est douceur. Une merveille!


      Giulio-Enrico Pisani, journaliste et critique d’art, Décembre 2013


      (1) CULTUREINSIDE gallery, 8 rue Notre-Dame, coin rue Chimay, Luxembourg centre

      view the artworks of XENIA >