Thierry BRUET - Article de Giulio-Enrico Pisani

by Dominique Paris | June 10, 2015

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Thierry Bruet : un académique... divertimento !

Madame Gila Paris, la directrice de la Cultureinside. gallery (1), qui nous présente jusqu’au 4 juillet les tableaux du peintre français Thierry Bruet dans son exposition « Seconde. Luxembourg ». (...) l’avantage avec des artistes comme Thierry Bruet, c’est qu’ils passent rarement inaperçus et que, non seulement la qualité de leur travail et l’originalité de leurs mises-en-scène picturales, mais aussi et surtout leur iconoclastie, les rendent incontournables et salutaires en ces temps de mièvrerie consensuelle. C’est à dire qu’en fuyant l’académisme obtus et la banalité omniprésente on finit tôt ou tard par tomber sur eux.

J’apprends en outre sur le site d’« Art Lubéron » que, né à Paris en 1949, Thierry Bruet est artiste peintre, sculpteur et décorateur depuis plus de 35 ans... En fait, il semblerait que notre artiste ait attrapé le virus de l’art bien plus tôt qu’il y a 35 ans. Ce n’est après tout pas la vente de l’art, mais sa création, qui fait l’artiste. Son interview avec le journaliste Bernard Pace pour le magazine The Best (n° 71 décembre 2008) est significative à cet égard. Je cite : « ... lorsque j’avais six ou sept ans, je faisais plein de choses, comme une maquette d’opéra avec des personnages ou des sculptures en papier mâché. C’est ma tante, la sœur de ma mère, qui était une grande graphiste et une amie du peintre Georges Mathieu, qui m’a donné le goût de la peinture. (Devenu adulte et) (...) architecte de formation (, ...) j’ai exercé ce métier pendant huit ans. Au début je ne savais pas que les tableaux que je faisais pouvaient se vendre, et j’ai été pris par la peinture avec passion... »

Voilà qui nous a tant soit peu permis d’esquisser les contours de ce personnage à la créativité peu commune ! Mais il est temps de l’aborder, son art... du moins en guise de mise en train, car rien ne vaut le regard personnel, fatalement subjectif, de tout un chacun sur une œuvre aussi atypique que fascinante. Reposant en bonne partie sur une vaste et profonde connaissance de ses grands prédécesseurs, le travail de Thierry Bruet ne se contente pas d’y puiser son inspiration comme tout artiste sérieux et ce, qu’il en soit conscient ou moins. Non, sa peinture, que l’ont peut qualifier en gros de figurative expressionniste, intègre les œuvres des grands maîtres dans ses créations, les copie en partie, les modifie parfois et en transforme en quelque sorte le contenu en canevas de ses propres tableaux. Mais contrairement à un Roger Suraud dont la peinture s’approprie les créations des Anciens pour les intégrer dans une imagerie surréaliste baroque hors du temps, Thierry Bruet – aussi réaliste qu’à première vue classique – les ramène nolens volens dans notre espace-temps contemporain. Certes, le procédé pourra paraître à d’aucuns esthétiquement violent, voire iconoclaste ; le fait étant qu’il exige du spectateur une certaine souplesse d’esprit, ainsi que l’intelligence de l’humour.

L’humour de ce « caricaturiste » n’est cependant jamais caricatural. Il peut en fait être aussi bien satirique que cocasse, caustique que léger, corrosif ou sombre, voire exceptionnellement noir, comme dans « Chaos », tragique contraposition du Guernica de Picasso avec une macabre vision digne d’un enfer dantesque vu à la Doré. Ici, il n’est plus du tout question d’humour : c’est l’exception qui confirme la règle. Mais en a-t-il seulement une, de règle ? Il peut aussi bien nous montrer dans sa « Dora desnuda » la Maja nue de Goya parée d’une tête et de bras façon pseudo-picassienne, ou une variante de l’Infante Maria Margarita de Velázquez présentant un portrait d’elle-même entièrement pseudo-picassien celui-là. C’est toutefois sur une vaste toile de 2 x 2 m qu’il nous présente l’un de ses plus drolatiques et cacophoniques pots-pourris. Ce tableau, intitulé « Les demoiselles de Toulouse » est en fait inspiré de L’Atelier du peintre de Gustave Courbet. Mais c’est Toulouse Lautrec qui pose, solennellement, le nez bachique, sur le tabouret du peintre, entouré de plantureuses dames de petite vertu format Fernando Botero aussi nues que « Les demoiselles d’Avignon » de Picasso qui forment le fond de la scène.

Je pourrais bien-entendu vous en citer beaucoup d’autres, comme « Olympio de Bruet », la caricature de célèbre nu, Olympia de Manet, devenue masculine, ou bien cette cocasse satire d’une famille bourgeoise qu’est « La grande lessive » inspirée par Le balcon, encore de Manet, etc., etc.. Cela justifierait au moins les nombreuses notes dont j’ai noirci mon carnet. Mais il n’est pas question de vous énumérer ici tous les tableaux de l’exposition, que ce soit rue Notre Dame ou à l’hôtel Cravat. L’espace rédactionnel dont je dispose m’oblige de toute façon à vous en laisser la surprise... La surprise et l’émerveillement en prime, car une expo Thierry Bruet ajoute à l’amusement d’une promenade para-muséale satirico-pittoresque un authentique survol d’histoire de l’art moins fatigante pour les jambes que les allées des musées du Louvre, d’Orsay et autres haut-lieux d’art.

On peut bien sûr regretter – c’est le bémol du genre – qu’une telle exposition ne vous permette de découvrir qu’un minuscule fragment de l’intéressante et vaste contribution artistique de Thierry Bruet à l’art contemporain. Vous voulez que je vous en esquisse un ordre de grandeur ? Résumons donc ! Outre ses 35 expositions de par le monde depuis 1982, il a honoré depuis les années 1986-88 des commandes pour 3 douzaines de toiles, diptyques et triptyques inclus, plus 17 portraits, les décors d’une dizaine de plafonds pouvant atteindre les 800 m2, ainsi que la décoration de 16 vitrines (surtout à l’occasion de Noël). Et je ne compte ni ses sculptures, ni les réalisations faites pour son plaisir. Et ensuite, bonne promenade rue Notre Dame !

Giulio-Enrico Pisani - Zeitung Vum Lëtzebuerger Vollek, 2 juin 2015

(1) CULTUREINSIDE. gallery, 8 rue Notre-Dame, L-2240 Luxembourg / Europe

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